Histoire
08 mars 2026
Se retrouver autour d’une tasse de café pour penser l’avenir à Djibouti
Dans le jardin du Centre de réponse aux migrations (MRC) d'Obock, géré par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), un groupe de femmes se retrouve pendant que l'odeur du café torréfié se répand dans l'air. Ce qui commence comme une cérémonie du café traditionnelle devient peu à peu autre chose, un moment de connexion, de familiarité et de force partagée.Zinach, 21 ans, cueille délicatement de l'herbe fraîche, se préparant à l'étaler sur le sol et à délimiter un espace pour la cérémonie du café. Dans la cuisine, d'autres femmes, migrantes et membres de l’OIM, préparent des plateaux, disposent de petites tasses et ajustent leurs robes. De la musique éthiopienne s’élève doucement d’une enceinte à proximité. Bientôt, le centre résonne des conversations, des rires et du rythme régulier des claquements de mains.À l'intérieur, l'injera cuit lentement, son parfum chaud se mêlant à la douceur du gâteau dans le four. Ce pain plat moelleux et spongieux à base de farine de teff fermentée est un aliment de base de la cuisine éthiopienne et représente le goût familier du pays pour beaucoup des femmes réunies ici. Le pop-corn éclate dans l'huile chaude d’une grande marmite, provoquant à chaque fois le sourire des femmes qui se tiennent autour. La cérémonie se déroule naturellement, à travers des gestes partagés et de petits moments d'attention. Préparer ensembleZahra et Fatouma préparent l'injera tôt le matin, afin que le déjeuner soit prêt pour les migrants hébergés au MRC. Aux premières heures du jour, elles travaillent côte à côte, versant la pâte en cercles réguliers et disposant les plateaux pour le repas de midi. Ici, préparer les repas est plus qu'une simple routine, c'est un geste d'attention et de continuité. Un rituel familierLe pop-corn est préparé dans une grande casserole en métal tandis que les femmes se rassemblent autour, souriant à chaque grain qui éclate. De petits rituels comme celui-ci apportent des moments de convivialité et de chaleur dans un lieu inconnu. Bientôt, la jebena, la cafetière traditionnelle en terre cuite noire, est placée au centre du cercle tandis que l'encens s'élève doucement dans l'air et que des dattes, des biscuits et des parts de gâteau sont disposés sur des plateaux tissés. Recréer un foyerIl est temps de préparer l'espace, et chaque détail est soigneusement étudié. Les tasses sont disposées en rangées bien ordonnées, les plateaux sont ajustés et les mains passent silencieusement d'une tâche à l'autre. La disposition elle-même a une signification, créant un moment d'ordre, de calme et d’identité. Au fond, la cérémonie est un instant de partage et de connexion. La force de la communauté« J'adore les cérémonies du café avec les femmes d'ici », dit Zinach. « Cela me rappelle mon pays. » Elle pense à sa famille en Éthiopie, aux repas partagés, aux rires et aux longues conversations qui se prolongeaient tard dans la soirée. « J'ai grandi dans la pauvreté », explique-t-elle.« Quand ma fille est née, pendant les six premiers mois de sa vie, je l'ai portée dans mes bras toute la journée, même lorsque je cuisinais l'injera, que je lavais des vêtements et que j’essayais de gagner ma vie. Je voulais lui offrir une vie meilleure. »Zinach a confié sa fille à sa famille et s'est lancée dans un voyage qui s'est avéré beaucoup plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé. Des espaces de confiance pour les femmes en déplacementPour les femmes en déplacement, disposer d'espaces sûrs est essentiel. Partout dans le monde, les femmes migrantes et déplacées se heurtent à des obstacles en matière de documentation, d'emploi et de justice. Beaucoup sont exposées à l'exploitation ou aux abus, mais ont du mal à obtenir de l'aide. Pour réduire ces risques, il faut commencer par leur donner accès à des refuges sûrs, à des services fiables et à des espaces où leur dignité est respectée. Au centre d'Obock, ces rassemblements quotidiens offrent plus qu'un simple réconfort : ils permettent d'instaurer la confiance. Une voix forteFatimah, 22 ans, écoute attentivement pendant que le premier café est servi. Son parcours migratoire a été marqué par le mensonge et la coercition. « Je me considère comme une femme forte », dit-elle. « J'ai continué à demander de l'aide jusqu'à ce que quelqu'un m'écoute. »Aujourd'hui, son objectif est de rentrer chez elle et de reconstruire sa vie. Elle rêve d'ouvrir un atelier de couture. Les robes afar jaunes portées pendant la cérémonie ont été cousues de ses propres mains, preuve de son talent et de sa détermination. « Je veux travailler et créer quelque chose qui m'appartienne », dit-elle.« Je veux que mon fils me voie réussir. » Faire valoir ses droits dans la sécuritéDans de nombreuses situations de crise, les femmes et les filles sont exposées à davantage de risques lorsqu'elles n'ont pas accès à un hébergement sûr et à des services de base. Avoir un endroit où l'on se sent en sécurité peut tout changer. À Obock, ce sentiment de sécurité réside dans de petits moments partagés. Autour d'un café, les femmes discutent, rient et se réconfortent mutuellement. Lorsque la dernière tasse est servie, la musique monte et l’énergie gagne tout le monde.Pendant un moment, le chemin qui reste à parcourir semble un peu plus léger.