Histoire
31 décembre 2025
Histoires en mouvement : huit récits qui inspirent l’espoir dans la mobilité humaine
Leila, Hasna, Jamal et tant d’autres incarnent le mouvement et la mobilité à Djibouti. Certains ont migré par choix, d’autres ont été contraints de fuir. Tous sont pourtant des visages de résilience et de transformation.Les personnes en mouvement ont un potentiel infini pour enrichir les sociétés, celles qu’elles quittent comme celles qui les accueillent.À l’occasion de la Journée internationale des migrants, l’OIM est allée à la rencontre de huit personnes à Djibouti, dont les vies ont été façonnées par la mobilité, à travers le travail, l’artisanat, le climat, les conflits, l’éducation ou la survie.Leurs histoires relient la migration à la famille, à la créativité, à l’apprentissage ou au sport. Ensemble, elles nous montrent comment la mobilité humaine peut toutes et tous nous inspirer. Le BijoutierBamba est originaire du Sénégal. Il est arrivé à Djibouti il y a plus de dix ans, à la suite d’une opportunité professionnelle. Fils des « Gnegno », ou « Teg », une caste sénégalaise de bijoutiers traditionnels, il perpétue un art ancestral transmis de génération en génération.À Djibouti, Bamba a partagé son savoir-faire avec les communautés locales, créant un pont entre l’Afrique de l’Ouest et la Corne de l’Afrique à travers des bijoux en or et en argent. Son installation dans la région a été facilitée par la présence d’une communauté sénégalaise déjà bien établie.
« Nous préparons les repas ensemble », raconte-t-il. Avec sa communauté, il organise chaque année une campagne de don de sang en faveur des personnes vivant avec le diabète.« Un jour, je devrai rentrer chez moi. » La CommissaireHasna a passé plus de vingt ans en Europe. Formée en scénographie, elle a travaillé sur des expositions dans des musées à Bruxelles. « Ce qui m’a frappée en premier en Belgique, c’est la diversité », se souvient-elle. « Tant de langues parlées au même endroit, cela m’a émerveillée. »Lorsque la pandémie de COVID-19 a bouleversé le secteur culturel, elle a décidé de rentrer dans son pays d’origine. « Djibouti accueille de nombreux migrants », explique-t-elle. « Et les Djiboutiens eux-mêmes sont très mobiles. »De retour chez elle, Hasna a mis au service de Djibouti les compétences acquises à l’étranger. Elle occupe aujourd’hui le poste de directrice et supervise sept départements de l’Agence nationale pour la promotion de la culture, dont les Archives nationales.« Un pays sans mouvement humain est un pays pauvre », dit-elle. « Personne ne peut empêcher la migration humaine. En revanche, nous devons aussi cesser de croire que “l’ailleurs” est un Eldorado. Nous pouvons créer et transformer énormément là où nous sommes. » Le PeintrePour certains, l’art est un refuge. Mais parfois, il devient une menace.Ibrahim a commencé à peindre à l’âge de huit ans, deux ans après le décès de sa mère. En grandissant en Somalie, la vie était difficile.
« J’étais caricaturiste », explique-t-il. Son art est devenu son moyen de subsistance, puis une menace.« Des personnes ont commencé à me chercher pour me tuer. Elles me harcelaient. »Une nuit, un groupe d’hommes armés est venu chez lui. Ils l’ont agressé et menacé de mort s’il continuait. Il en est ressorti blessé.Après cela, Ibrahim et sa famille ont fui et trouvé refuge à Djibouti. Aujourd’hui, il continue de peindre, utilisant son art pour reconstruire sa vie et subvenir aux besoins de sa famille. La Nouvelle SédentaireSabira vit à Assourat, une petite communauté située près de Tadjourah, dans le nord de Djibouti. Elle vivait autrefois de son bétail, mais la sécheresse et la pénurie d’eau ont décimé ses animaux, la forçant à se rapprocher de la ville. De nouvelles maisons avaient été construites autour d’une école, offrant la promesse d’un avenir différent.« Là où je vivais avant, je souffrais de solitude. Mes enfants ne pouvaient pas aller à l’école et passaient leurs journées à garder les animaux », raconte-t-elle.Aujourd’hui, ses enfants ont accès à l’éducation et Sabira dispose d’un logement. Si leur vie a changé, elle continue de transmettre les traditions de son peuple nomade. Elle apprend à ses enfants la fabrication de perles et le tressage des feuilles de palmier pour créer la daboyta, afin que leurs traditions perdurent. Le ProtecteurLa vie de Jamal a basculé lorsqu’il a appris que son neveu de 16 ans avait quitté l’Éthiopie pour tenter de rejoindre la péninsule Arabique, et avait été capturé par des passeurs au Yémen. Après avoir payé une rançon et son neveu n'étant toujours pas libéré, Jamal a décidé de partir lui-même pour tenter de le sauver.Lorsqu’il a retrouvé son neveu, il a fait semblant de ne pas le reconnaître afin de ne pas éveiller les soupçons des trafiquants. Jamal a élaboré un plan pour libérer les captifs, mais celui-ci n’a que partiellement réussi.Son neveu a pu s’échapper, mais Jamal a été capturé et torturé. Les trafiquants lui ont enveloppé les pieds dans des sacs en plastique et les ont brûlés à plusieurs reprises.Jamal est finalement parvenu à revenir et a séjourné dans des centres de l’OIM. L’OIM l’a aidé à rentrer en Éthiopie, où son neveu et sa famille l’attendent.« Je veux que le monde sache que tout est possible », dit-il. « La vie est dure, mais même quand on n’a plus de pieds, on peut atteindre ce que l’on espère. » La Guetteuse de PluieNotre voyage se poursuit à Assamo, une zone montagneuse isolée près de la frontière éthiopienne, où vit Leila. Son peuple est composé de pasteurs nomades, qui dépendent de leurs animaux pour survivre.« Je suis heureuse de ma vie nomade », explique-t-elle.
« Rester au même endroit n’est pas une option pour nous. Nous nous déplaçons pour suivre la pluie, c’est notre mode de vie. »Mais les sécheresses prolongées bouleversent cette existence. « La sécheresse est dangereuse », explique Leila. « Elle assèche les points d’eau, tue le bétail et laisse les gens affamés. Nous n’avons pas besoin d’aide quand il pleut ; c’est pendant les sécheresses que l’assistance devient essentielle. »Alors que l’eau disparaît, certains partent vers la ville, tandis que d’autres choisissent de rester. Pour les femmes, la vie nomade comporte des risques supplémentaires. Leila a perdu cinq enfants — certains avant la naissance, d’autres peu après. Malgré tout, elle reste ancrée à sa terre, avec sa famille et ses troupeaux, se déplaçant au rythme de la pluie. L’Entraîneur de TennisMichael a quitté son pays lorsque la guerre a éclaté. Il était alors un jeune adulte. Depuis, il vit à Djibouti en tant que réfugié érythréen, et vit de sa passion de toujours : le tennis.Il a commencé à jouer enfant et a participé à des compétitions dans plusieurs pays africains. À Djibouti, il a obtenu son diplôme d’entraîneur et a commencé à former des enfants de tous âges, y compris les siens.« Le tennis, c’est toute ma vie », explique Michael. « À Djibouti, quand on parle de tennis, on mentionne toujours mon nom. »Michael enseigne à ses enfants la même discipline sur le court qu’à l’école. « Pour moi », dit-il, « le sport et l’éducation vont de pair. Les enfants ont besoin des deux. » L’EnseignantCe qui a d’abord lié Yves à Djibouti, c’est une relation académique. Enseignant à l’Université d’Antananarivo à Madagascar, il a formé de nombreux étudiants djiboutiens et tissé des liens étroits avec ceux qui étudiaient grâce à des bourses.Il a ensuite répondu à un appel du gouvernement djiboutien visant à renforcer la coopération universitaire, en faisant venir des enseignants malgaches à Djibouti.« J’ai activement participé à la création de la première et unique université de Djibouti », explique-t-il. « L’enseignement est une vocation. Aujourd’hui, j’enseigne aux côtés de certains de mes anciens étudiants, qui ont depuis obtenu leur doctorat. Cela me touche profondément. »En parallèle de son travail en mathématiques et en informatique, Yves est également vice-président de l’association Vivre plus fort, qui soutient les personnes en situation de handicap. Préserver l’humanité de la mobilitéTout au long du mois de décembre, l’OIM à Djibouti présente « My Great Story – Threads of Migration in Djibouti », une exposition photographique qui met en lumière certaines des grandes histoires qui composent la mobilité djiboutienne.Produite en collaboration avec le photographe et Ambassadeur de bonne volonté de l’OIM Paul Choy, ainsi qu’avec le HCR à Djibouti, l’exposition est accessible en ligne.À travers ces images et ces récits, nous voyons que lorsque la mobilité est protégée et bien gouvernée, elle peut devenir une source de force et d’espoir. À Djibouti, l’OIM œuvre pour protéger les personnes en mouvement, renforcer les communautés de la diaspora et les sociétés d’accueil, afin que la migration reste sûre, digne et porteuse de possibilités. Ecrit par : Mylaèle Negga | Chargée de communication, OIM Djibouti
« Nous préparons les repas ensemble », raconte-t-il. Avec sa communauté, il organise chaque année une campagne de don de sang en faveur des personnes vivant avec le diabète.« Un jour, je devrai rentrer chez moi. » La CommissaireHasna a passé plus de vingt ans en Europe. Formée en scénographie, elle a travaillé sur des expositions dans des musées à Bruxelles. « Ce qui m’a frappée en premier en Belgique, c’est la diversité », se souvient-elle. « Tant de langues parlées au même endroit, cela m’a émerveillée. »Lorsque la pandémie de COVID-19 a bouleversé le secteur culturel, elle a décidé de rentrer dans son pays d’origine. « Djibouti accueille de nombreux migrants », explique-t-elle. « Et les Djiboutiens eux-mêmes sont très mobiles. »De retour chez elle, Hasna a mis au service de Djibouti les compétences acquises à l’étranger. Elle occupe aujourd’hui le poste de directrice et supervise sept départements de l’Agence nationale pour la promotion de la culture, dont les Archives nationales.« Un pays sans mouvement humain est un pays pauvre », dit-elle. « Personne ne peut empêcher la migration humaine. En revanche, nous devons aussi cesser de croire que “l’ailleurs” est un Eldorado. Nous pouvons créer et transformer énormément là où nous sommes. » Le PeintrePour certains, l’art est un refuge. Mais parfois, il devient une menace.Ibrahim a commencé à peindre à l’âge de huit ans, deux ans après le décès de sa mère. En grandissant en Somalie, la vie était difficile.
« J’étais caricaturiste », explique-t-il. Son art est devenu son moyen de subsistance, puis une menace.« Des personnes ont commencé à me chercher pour me tuer. Elles me harcelaient. »Une nuit, un groupe d’hommes armés est venu chez lui. Ils l’ont agressé et menacé de mort s’il continuait. Il en est ressorti blessé.Après cela, Ibrahim et sa famille ont fui et trouvé refuge à Djibouti. Aujourd’hui, il continue de peindre, utilisant son art pour reconstruire sa vie et subvenir aux besoins de sa famille. La Nouvelle SédentaireSabira vit à Assourat, une petite communauté située près de Tadjourah, dans le nord de Djibouti. Elle vivait autrefois de son bétail, mais la sécheresse et la pénurie d’eau ont décimé ses animaux, la forçant à se rapprocher de la ville. De nouvelles maisons avaient été construites autour d’une école, offrant la promesse d’un avenir différent.« Là où je vivais avant, je souffrais de solitude. Mes enfants ne pouvaient pas aller à l’école et passaient leurs journées à garder les animaux », raconte-t-elle.Aujourd’hui, ses enfants ont accès à l’éducation et Sabira dispose d’un logement. Si leur vie a changé, elle continue de transmettre les traditions de son peuple nomade. Elle apprend à ses enfants la fabrication de perles et le tressage des feuilles de palmier pour créer la daboyta, afin que leurs traditions perdurent. Le ProtecteurLa vie de Jamal a basculé lorsqu’il a appris que son neveu de 16 ans avait quitté l’Éthiopie pour tenter de rejoindre la péninsule Arabique, et avait été capturé par des passeurs au Yémen. Après avoir payé une rançon et son neveu n'étant toujours pas libéré, Jamal a décidé de partir lui-même pour tenter de le sauver.Lorsqu’il a retrouvé son neveu, il a fait semblant de ne pas le reconnaître afin de ne pas éveiller les soupçons des trafiquants. Jamal a élaboré un plan pour libérer les captifs, mais celui-ci n’a que partiellement réussi.Son neveu a pu s’échapper, mais Jamal a été capturé et torturé. Les trafiquants lui ont enveloppé les pieds dans des sacs en plastique et les ont brûlés à plusieurs reprises.Jamal est finalement parvenu à revenir et a séjourné dans des centres de l’OIM. L’OIM l’a aidé à rentrer en Éthiopie, où son neveu et sa famille l’attendent.« Je veux que le monde sache que tout est possible », dit-il. « La vie est dure, mais même quand on n’a plus de pieds, on peut atteindre ce que l’on espère. » La Guetteuse de PluieNotre voyage se poursuit à Assamo, une zone montagneuse isolée près de la frontière éthiopienne, où vit Leila. Son peuple est composé de pasteurs nomades, qui dépendent de leurs animaux pour survivre.« Je suis heureuse de ma vie nomade », explique-t-elle.
« Rester au même endroit n’est pas une option pour nous. Nous nous déplaçons pour suivre la pluie, c’est notre mode de vie. »Mais les sécheresses prolongées bouleversent cette existence. « La sécheresse est dangereuse », explique Leila. « Elle assèche les points d’eau, tue le bétail et laisse les gens affamés. Nous n’avons pas besoin d’aide quand il pleut ; c’est pendant les sécheresses que l’assistance devient essentielle. »Alors que l’eau disparaît, certains partent vers la ville, tandis que d’autres choisissent de rester. Pour les femmes, la vie nomade comporte des risques supplémentaires. Leila a perdu cinq enfants — certains avant la naissance, d’autres peu après. Malgré tout, elle reste ancrée à sa terre, avec sa famille et ses troupeaux, se déplaçant au rythme de la pluie. L’Entraîneur de TennisMichael a quitté son pays lorsque la guerre a éclaté. Il était alors un jeune adulte. Depuis, il vit à Djibouti en tant que réfugié érythréen, et vit de sa passion de toujours : le tennis.Il a commencé à jouer enfant et a participé à des compétitions dans plusieurs pays africains. À Djibouti, il a obtenu son diplôme d’entraîneur et a commencé à former des enfants de tous âges, y compris les siens.« Le tennis, c’est toute ma vie », explique Michael. « À Djibouti, quand on parle de tennis, on mentionne toujours mon nom. »Michael enseigne à ses enfants la même discipline sur le court qu’à l’école. « Pour moi », dit-il, « le sport et l’éducation vont de pair. Les enfants ont besoin des deux. » L’EnseignantCe qui a d’abord lié Yves à Djibouti, c’est une relation académique. Enseignant à l’Université d’Antananarivo à Madagascar, il a formé de nombreux étudiants djiboutiens et tissé des liens étroits avec ceux qui étudiaient grâce à des bourses.Il a ensuite répondu à un appel du gouvernement djiboutien visant à renforcer la coopération universitaire, en faisant venir des enseignants malgaches à Djibouti.« J’ai activement participé à la création de la première et unique université de Djibouti », explique-t-il. « L’enseignement est une vocation. Aujourd’hui, j’enseigne aux côtés de certains de mes anciens étudiants, qui ont depuis obtenu leur doctorat. Cela me touche profondément. »En parallèle de son travail en mathématiques et en informatique, Yves est également vice-président de l’association Vivre plus fort, qui soutient les personnes en situation de handicap. Préserver l’humanité de la mobilitéTout au long du mois de décembre, l’OIM à Djibouti présente « My Great Story – Threads of Migration in Djibouti », une exposition photographique qui met en lumière certaines des grandes histoires qui composent la mobilité djiboutienne.Produite en collaboration avec le photographe et Ambassadeur de bonne volonté de l’OIM Paul Choy, ainsi qu’avec le HCR à Djibouti, l’exposition est accessible en ligne.À travers ces images et ces récits, nous voyons que lorsque la mobilité est protégée et bien gouvernée, elle peut devenir une source de force et d’espoir. À Djibouti, l’OIM œuvre pour protéger les personnes en mouvement, renforcer les communautés de la diaspora et les sociétés d’accueil, afin que la migration reste sûre, digne et porteuse de possibilités. Ecrit par : Mylaèle Negga | Chargée de communication, OIM Djibouti